Ce Seiler 2m06 a été pourvu, en 2012, de têtes de marteaux neuves, fournies par les ateliers Desfougères (La Verrière — 78) et dont la qualité n’est pas à remettre en cause. Le montage des têtes a été effectué par un confrère. Depuis ces travaux, la cliente, pianiste professionnelle, est insatisfaite de son piano. Pensant qu’il s’agissait d’un défaut de finition auquel son technicien n’a pas répondu, et sous le conseil de Monsieur Alain LOMPECH, elle fait appel à mes services.
Etat du piano avant mon intervention
Les têtes de marteaux ont été collées sans respect du point de frappe initial. L’alignement des têtes est incorrect.
L’alignement des queues de marteaux n’est absolument pas respecté.
Le collage, notamment dans les basses, ne respecte pas l’orthogonalité nécessaire au bon développement des marteaux sans fauchage. Ainsi, tous les manches sont posés dans une oblique compensée par une inclinaison excessive des têtes, qui fauchent toutes sur le côté droit, créant ainsi, dans un jeu normal du piano, des frictions entre elles.
De surcroit, le calage sur le côté gauche de l’olive, renforce le fauchage sur le côté droit
Les actions effectuées en amont et/ou en réponse aux problèmes de collage et de fauchage présentent un caractère irréversible.
En effet :
Le point de frappe n’étant pas respecté, les têtes neuves ont été collées trop en retrait sur les manches d’origine — eux-mêmes abimés par l’arrache manches lors du démontage des têtes usée, créant ainsi un jeu qui se répercute sur l’alignement général, notamment celui des queues de marteaux. En outre, une colle moderne à prise rapide et irréversible a été utilisée, empêchant toute retouche ultérieure.
L’orthogonalité n’ayant pas non plus été respectée, les frictions des têtes entre elles ont trouvé un semblant de solution par limage excessif des queues de marteaux …
… en conséquence de quoi les attrapes présentent une usure prématurée, qu’un jeu normal de l’instrument viendra inévitablement et rapidement accentuer.
Une tête de marteau a été chanfreinée sans explication.
le collage de plombs (colle irréversible) sur l’arrière de chaque touche : d’une part cette opération ne fait aucun sens dans la mesure où Mme Frascone n’a jamais évoqué de problèmes de poids de toucher justifiant cette intervention, d’autre part la technique utilisée pour une recherche d’équilibrage des touches n’est pas conforme aux techniques professionnelles de la facture de pianos.
Au vu du constat d’irréversibilité des dégâts causés sur cet instrument, une intervention effectuée dans les règles de la déontologie qualitative de ma profession est subordonnée au remplacement des pièces endommagées, à savoir :
- des têtes de marteaux
- des manches de marteaux
- des attrapes.
Démontage des têtes neuves, mal montées
Pose des manches, étape précédant le montage des têtes
Pose des guides en fonction du point de frappe idéal, et début du collage de la travée aigüe.
Aligenement des têtes et des queues de marteaux.
Vérification de l’orthogonalité des têtes
Manche avant arasage.
Manche après arasage.
Manches avant et après arasage.
Montage terminé. Cependant les têtes sont brutes et nécessitent un ponçage.
Tête avant ponçage. La forme est approximative et assymétrique, le point de frappe n’est pas net, l’énergie sonore ne peut pas être maitrisée.
Tête après ponçage.
Têtes de marteaux en cours de ponçage.
Montage terminé, la mécanique va être remontée sur le clavier avant de procéder au réglage complet et à l’harmonisation.
Montage terminé, la mécanique va être remontée sur le clavier avant de procéder au réglage complet et à l’harmonisation.
Marteaux de la dernière travée. L’usure des notes aiguës détermine la necessité de regarnir l’ensemble des têtes qui ne peuvent plus subir de ponçage.
Marteaux avant regarnissage
Marteaux prêts à être expédiés. Le regarnissage est assuré par un atelier spécialisé, situé dans les Yvelines. Il est l’unique en France à détenir ce savoir-faire. (Ateliers Desfougères).
Clavier avant travaux. Les bois sont très sales et les mortaises (guides des touches à l’enfoncement et au balancier) doivent être regarnis.
Châssis avant regarnissage. Tous les feutres (feutre de fond de touches et mouches de balancier et d’enfoncement) sont tassés et mités. Il faut les remplacer. Par ailleurs, les pointes de balancier et d’enfoncement sont oxydées. Elles seront polies individuellement.
Détail des mouches d’enfoncement. Les mouches sont tassées et mitées, tout comme l’ensemble des feutres du châssis de clavier.
Mouches “à l’ancienne” ! Nous ancêtres utilisaient leurs livres de comptes tenus à la plume pour réaliser les mouches permettant de régler la hauteur de touches et de leur enfoncement. Malheureusement le manque de précision de ces cales nous oblige à en mettre des neuves, plus calibrées.
Petit coup de main de la frangine ! Deux mains de plus ne sont pas de refus pour le dégarnissage des mortaises !
Dégarnissage.… à la patemouille.…
… et à la pince… Concentrée, hein !
Choix de l’épaisseur des garnitures. Le réglage final du clavier détermine la hauteur de chaque élément en feutre garnissant le châssis.
Finition du regarnissage du châssis.Une fois les cotes établies et le feutre de fond de touches posé, il ne reste plus qu’à mettre les mouches (feutre et papier) neuves. Le réglage de finition se fera dans le piano.
Ponçage des bois. Poncer les bois est la seule manière de retrouver leur propreté d’origine.
Regarnissage des mortaises. Une par une, les mortaises sont regarnies de feutre dont l’épaisseur est déterminée pour obtenir un coulissement optimal sans jeu pour le balancier.
Mortaises de balancier.
Regarnissage des mortaises. Une par une, les mortaises sont regarnies de feutre dont l’épaisseur est déterminée pour obtenir un coulissement optimal avec un très léger jeu latéral pour l’enfoncement.
Mortaises d’enfoncement.
Polissage des touches. Après un ponçage collectif afin de retrouver blancheur et planitude des revêtements en ivoire, ceux-ci sont polis individuellement à la machine.
Touche avant polissage. L’ivoire est juste poncé. Il présente une surface satinée dûe au grain très fin du dernier papier utilisé pour le ponçage (1200).
Touche après polissage.
Clavier en cours de polissage. On voit la différence entre les ivoires polis (à partir du ré), et ceux qui ne le sont pas encore.
Châssis terminé. Les pointes de balancier et d’enfoncement ont été polies individuellement et le châssis est entièrement regarni.
Remontage des touches. Chaque touche est remontée individuellement suivant un calibrage très précis : coulissement de la touche au niveau du trou de balancier, léger jeu à l’enfoncement, serrage au balancier.
Clavier remonté. Le clavier est entièrement remonté, les pilotes (contact entre clavier et mécanique) sont polis pour un meilleur frottement.
Têtes neuves brutes. Les têtes neuves présentent un tuilage dû à la découpe des marteaux, regarnis en bande puis tranchés. Pour remédier à ce problème il faut effectuer un ponçage qui permettra en outre de donner aux têtes une forme à la symétrie et au point de frappe parfaits.
Ponçage des marteaux. Il semble qu’on en lève beaucoup de matière mais ce “nuage” de feutre est une proportion minime comparé à celle, très dense, du marteau.
Marteaux ponçés. On constate la perfection de la surface du point de frappe.
Remontage de la mécanique. Dernière étape avant pré-réglage (alignement et réglage des trajectoire des pièces mobiles) et réglage complet, qui sera effectué dans le piano. Il sera suivi par l’harmonisation qui est un travail sur la densité des feutres de marteaux pour gagner en homogénéité, couleurs, longueur de son…